Adrian Grima   

 
 

Marseille, le port désancré

Adrian Grima

 
 
 

Un voyage à plusieurs voix à travers une des portes secretes de la Méditerranée. Toujours ouvert, ce port ne se ferme qu'aux partisans des frontières identitaires.

 
 

Autour de la ville-port  l  D'Ajaccio à Marseille  l  Explorations et rencontres

Les voix de Belsunce  l  Polyphonie méditerranéenne  l  La ville est tranquille

Archipelagos  l  Dansons ensemble  l  L'écume de toutes les rives 

 
 
 
 

Autour de la ville-port

Marseille est l’un des ports méditerranéens par excellence, sinon le port méditerranéen. Un port qui a bien des histoires, souvent contradictoires, à raconter.

“La Méditerranée,” écrit Braudel, “est une région urbaine”. “L’ordre humain prévalent y a été dicté en tout premier lieu par celui des cités et des communications, et elles ont subordonné tout le reste à leurs besoins”.(1)

Tout ce qui entre en Méditerranée, des guerres aux fantômes des guerres, des modes et des techniques aux épidémies et aux marchandises, peut-être brassé dans “le courant de sa sève”. (2) Les réseaux établis par le commerce - légal ou illégal - ont survécu aux efforts des politiciens d’établir des ponts humains de coopération. En Méditerranée “vivre c’est échanger”. (3) En tant qu’unité humaine la Méditerranée est une aire géographique où se combinent réseaux de routes et centres urbains, lignes de forces et points nodaux. Cités et communications, communications et cités ont imposé et unifié toute construction humaine dans son propre espace géographique. La ville méditerranéenne crée les routes et les routes créent la ville. (4)

Matvéjévic fait la distinction entre les villes avec un port et les villes-ports. Ce qui nous intéresse ici c’est le deuxième binôme. Des ports créés par le paysage maritime et terrestre (5), à la fois commencement et centre, sont devenus étapes et mondes. Car ces ports ont façonné la région qui les a façonnés – on leur a dit et redit -, et ils ont été le locus des bateaux et du langage, des incidents et des narrations.

Les cités-ports ont joué un rôle déterminant en Méditerranée. La cité-port de Marseille - comme à Malte Birgu/Vittoriosa et Valletta dans le Grand Port - est un intéressant cas d’espèce, point de rencontre et point de référence et d’antagonismes des siècles durant. Même du simple point de vue géographique, Marseille est l’un des ports méditerranéens par excellence, sinon le port méditerranéen. Un port qui a bien des histoires, souvent contradictoires, à raconter; et le fait de pouvoir le faire permet à la ville et à ses gens (et probablement à la Méditerranée toute entière) de se réapproprier de leurs légendes, de leur passé, de leur présent, de leur futur.

A Marseille j’ai écouté et baigné dans certaines de ces histoires, j’ai navigué entre l’écrit et le non-écrit, le dit et le non-dit, entre les légendes du passé lointain et les légendes métropolitaines.

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1 Fernard Braudel, The Mediterranean and the Mediterranean World in the Age of Philip II, I. trans. Siân Reynolds, 2nd ed. (London: Fontana, 1966), 278.
2 Braudel, I, 277.
3 Braudel, II, 761.
4 Braudel, I, 277.
5 Predrag Matvejević, Mediterraneo: Un Nuovo Breviario, 3rd ed. Trans. Silvio Ferrari (Milan: Garzanti, 1991), 21.

 
 
 
 

D'Ajaccio à Marseille

Les chemins de la mer entre le port d’Ajaccio et celui de Marseille.
 

Six à six
(Sitta, Sitta)

Un nuage de mouettes six à six
sillonne le ciel
laissant la beauté dans l’ombre sombre
sur les feuilles de vigne desséchées.

Un nuage de mouettes six à six
atteint les collines escarpées
où les bergers chantent
derrière leurs troupeaux de moutons.

Je me demande d’où vient la mouette
et désire toujours voir le nid
de cet oiseau dont la vision
trouble mes pensées sans répit.

Petite mouette qui vole à peine,
mouette avec ses ailes ensorcelées et déployées,
mouette qui s’élève dans le ciel percé de ses cris
mouette blessée ... sans pieds.

Marjanu Vella

En naviguant entre le port d’Ajaccio et celui de Marseille, la mouette me rappelle les Iles Sanguinaires de Corse et la poésie fascinante, parfois inquiétante, de Marjanu Vella. Ici, c’est une mouette solitaire, fouillant la mer à la recherche de nourriture et chevauchant le vent qui n’arrêtera pas ce bateau. Certaines personnes sont prêtes à affronter la nuit sur ce pont. Si certains couples sont prêts pour le coucher de soleil, pour d’autres il est déjà passé. Ces ‘entre-deux’, comme les appelle Fanny, nous ramènent à nos amours, et à nous.

La ligne infinie d’immeubles sur la côte d’Ajaccio gâche le paysage. Je regarde ailleurs, les montagnes, le sillon que forme notre ferry-boat, le tout petit bateau qui se balance à bâbord, avec son moteur qui ronfle. Je regarde le feu du soleil sur les eaux du port, et attend impatiemment que les Iles Sanguinaires nous apparaissent. Pourquoi donc hier cette femme m’a dit que le ferry pour les Iles était déjà parti?

Les collines de la côte face à moi sont couvertes d’une brume offusquante et les Sanguinaires ont l’air d’une illustration pour un livre d’enfants.

En mer. Le couple à côté de moi a lui aussi débouché sa bouteille de vin, et Sophia, parce qu’elle avait dansé un jour aux Iles Sanguinaires, a fait rouler sur le pont le verre de vin en plastique de Fanny, sur un pont devenu bien plus rouge que quoi que ce soit aux Sanguinaires, rouge de rouille, rouge sang. Le conducteur du ferry-boat nous répète encore et encore pourquoi “on dit” qu’elles s’appellent “Sanguinaires”, à cause de la léproserie, ou à cause de leur couleur fauve au coucher du soleil, ou pour une autre raison que je n’ai pu saisir – ce que j’ai pu comprendre par contre c’était que nous étions sa ration journalière de touristes gobeurs, et que de répéter ses éternelles histoires faisait partie de son travail. Comme la femme qui droit dans les yeux m’avait dit que le ferry pour les Iles Sanguinaires venait de partir – pourquoi donc habite-t-elle dans cette cabane arrimée à la terre si elle ne veut pas parler aux touristes? Son bateau a du partir il y a bien longtemps et elle n’était pas dessus. Je suis d’humeur à tout gober. Je suis un touriste.

***

 

Sophia essaye de dormir. Etant danseuse elle arrive à se caler dans le fauteuil carré du grand bar. Elle a dansé sur le pont rouge sang, coulant son corps dans les courbes du vent. Là, elle a tassé tout son corps dans ce fauteuil si kitsch et a tout de suite fermé les yeux, mais à bord elle n’arrive pas à dormir. Elle a l’air fragile maintenant, un attribut qui est le titre du livre qu’elle est en train de lire. Sur le pont elle était provocante, maintenant elle a l’air mélancolique, résignée. Elle est si intense quand elle danse. J’aurais aimé comprendre ce qu’elle disait dans son français ultra rapide, quand je lui ai demandé qu’est-ce qu’elle faisait dans la vie. J’ai pu saisir ça et là suffisamment de mots pour comprendre que je n’avais rien compris.

***

Les jeunes garçons qui jouent aux cartes dans le bar à quelques mètres de nous jouent vraiment avec passion. L’un d’eux a un T-shirt de Thuram – mais Thuram ne joue plus dans l’équipe de foot italienne de Parme – il a du l’hériter de son grand frère. Hier, un garçon sur le Cours Napoléon d’Ajaccio portait un T-shirt de l’équipe de Barcelone avec le nom de Rivaldo – qui ne joue plus non plus dans l’équipe de Barcelone.

***

Sophia n’arrive pas à lire son livre Fragile, elle n’arrive ni à dormir ni à lire. Nous naviguons maintenant entre deux ports. C’est ça la Méditerranée. Je ne peux pas non plus dormir, mais au moins, comme Fanny, j’arrive à lire. Le grand avantage des voyages en mer comme celui-ci, c’est quand on part et quand on arrive. Le long moment qui s’étire entre deux est le même à chaque fois, on peut dire qu’il soit ... anonyme. C’est un peu comme un trop long commencement ou une fin qui n’en finit pas.

C’est une bonne occasion pour penser à la Méditerranée, aux ports méditerranéens. A aller et venir. Aux gens et aux cargaisons, aux mouettes et aux bras qui s’agitent sur les embarcadères.
 

***

Ceux qui jouaient aux cartes et se criaient dessus sont maintenant réunis autour de la coupe qu’ils ont gagnée et crient d’autant plus fort, sans les cartes cette fois. Ils sont de Marseille, paraît-il...

Pendant ce temps, la manoeuvre de sortie du port d’Ajaccio prends des heures et les Iles Sanguinaires, d’après mon guide devraient “devenir d’un rouge flamboyant”. Les Iles ont quelque chose qui ne va pas ce soir. Pourtant, j’ai confiance dans mon guide, mon grand conteur de la France, mon véritable port d’escale.


***
 

Le bateau vogue droit vers la lune. Littéralement. Au début il faisait nuit noire. Puis il y a eu la mer et le ciel, tout légers dans l’air. Et puis l’Etoile du Nord et la lune, et peu à peu d’autres étoiles se sont mises à miroiter, “étoile” est un si joli mot pour désigner un astre. Prendre un avion c’est aplatir la joie qu’on ressent à voyager en bateau.

Dans un livre sur les mythes qui font et défont la Méditerranée, Lindsay Proudfoot et Bernard Smith signalent que “que ce soit par rapport à ses zones de pêche ou tout simplement à ses côtes, la Méditerranée physique est à chaque fois si différente qu’on serait prêt à remarquer que son seul caractère physique unifiant c’est la mer elle-même” i, que la Méditerranée n’est autre que la mer. En maltais, “Il-Mediterran” au masculin, signifie et la mer et sa région – elles sont une seule et même chose.

Sur le pont d’un bateau qui vogue vers la lune, le sens qu’il avait avant ce voyage n’est plus le même.

C’est dommage que les machines du ferry-boat aient noyé le son de la lune.

 

***
 

Sur les Iles Sanguinaires on nous a recommandé de rester sur les sentiers battus – “moghdijiet” en maltais, un si joli mot – “afin de ne pas déranger l’écosystème fragile de l’île”. C’est mettre à rude épreuve la patience des touristes (et des îles).


Une heure de temps pour la visite : le conducteur du ferry nous a mis en garde, il repartira à l’heure dite avec ou sans nous. Le cri déchirant des centaines de mouettes était insoutenable, “assordante” comme nous l’avait décrit Ornella quelques jours auparavant. De quoi se nourrissent les centaines de mouettes qui vivent là. Hurlent-elles de faim?


***
 

2 heures du matin – nous sommes restés sur le bateau jusqu’à sept heures, hier soir. Presque tout le monde dans le périmètre du grand bar est maintenant profondément endormi. Je sors sur le pont et me dirige vers la proue, le vent souffle fort à présent, cette position est en effet impraticable ne serait-ce qu’à cause de la nuit d’encre et du vrombissement ‘assourdissant’ des machines. En effet, il n’y a personne dans les environs.

La lune a disparu et je n’ai ni le courage, ni la détermination, d’attendre les étoiles. Les soi-disant immigrés “illégaux” doivent vraiment en baver quand ils voguent à la dérive vers les rives hostiles du Nord.
 

***

 

Comme nous approchons du port (relativement récent) de Marseille, en longeant le Vieux Port sur notre droite, tout le monde à bord est repris d’une frénésie nouvelle. Le nouvel embarcadère du ferry, d’après mon guide Lonely Planet, est à l’ouest de la place de la Joliette, à quelques minutes à pied au nord de la Nouvelle Cathédrale. (1)

Sur la proue du ferry-boat il y a une tête noire portant bandeau blanc et boucle d’oreille, La Tête de Maure, le fier emblème de la Corse. Deux des représentants politiques de Majorque qui ont participé aux réunions du Projet Archipelagos ont voulu acheter un T-shirt arborant cette image envoûtante.

Juste avant de quitter le bateau, j’ai arboré mon emblème maltais. Quand la Corse déclara son indépendance – plutôt courte – en 1755, le patriote Pasquale Paoli choisit ce symbole de victoire, datant des croisades, comme emblème de son pays. Mon guide déclare que “selon la légende, à l’origine le bandeau blanc couvrait les yeux de la tête noire, et fut ensuite remonté sur le front comme symbole de la glorieuse libération de l’île.”(2)

Comme le ferry roule doucement le long des petites îles et de la jetée, je ne peux qu’écarquiller les yeux face à tout ce qui m’entoure comme un film déjà vu. Des centaines de milliers de voyageurs doivent être entrés dans ce port de cette façon depuis que je suis né, il n’y a pas si longtemps de cela. J’envoie des messages tous azimuts à Nathalie Galesne de Babelmed pour lui dire que je suis arrivé à Marseille – l’intensité de ces moments-là! – une petite euphorie personnelle à célébrer!

Et les mouettes nous accompagnent vers l’intérieur du port, exactement comme elles volaient le long du bateau en sortant du port d’Ajaccio. Drôles d’êtres, ces mouettes, aussi solitaires que grégaires.

Je me souviens de quelque chose sur Marseille que j’avais lu dans le livre Traversées de Thierry Fabre:
"Sur la grande jetée, Marseille m’apparaî dans sa vérité profonde, Marseille ville ouverte. Ville ouverte aux quatre vents du monde, d’Asie et d’Afrique, du Proche-Orient et d’Amérique, et qui pourtant ne s’y démembre pas. C’est dans la Méditerranée qu’elle retrouve son unité et qu’elle peut retrouver son essor".

Et plus loin: "Sans partage, Marseille perd sa raison d’être" (3)


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1 Lindsay Proudfoot and Bernard Smith, “Conclusion: From the Past to the Future of the Mediterranean”, The Mediterranean: Environment and Society, ed. Russell King, Lindsay Proudfoot and Bernard Smith (London: Arnold, 1997), 300-301.
2 Lonely Planet. France, 1023.
3 Thierry Fabre, Traversées (Actes Sud, 2001), 94.

 
 
 
 

Explorations et rencontres

Marseille n’est pas une ville que l’on peut ignorer; elle n’est pas anonyme; je pense qu’on l’aime ou qu’on la déteste, elle ne peut vous laisser indifférents. Vous devez choisir votre camp.
 

En face du café où nous sommes installés pour parler de nous, et de la Méditerranée, à quelques mètres de la rue qui longe la Gare Saint Charles, il y a un vaste bâtiment qui la relie à la ville. Je pense aux ‘entre-deux’, dont Fanny parlait dimanche soir à Ajaccio quand nous cherchions les billets pour Marseille. “Je suis tombée amoureuse de Marseille” dit Sophia, aussi timide que sérieuse; Fanny demande à Sophia quelles étaient ses origines. “Je suis de Toulouse mais mes deux parents sont nés au Maroc. Je suis née en France, ça fait quatre ans que je ne vais pas au Maroc et ça me manque. J’irai sans doute cette année, mes parents ont gardé une maison à Casablanca.”

Je me souviens de ce qu’elle disait il y a une demi-heure à peine quand nous marchions vers la gare: “Il y a beaucoup d’Arabes qui vivent dans ce quartier,” avait-elle dit, en regardant vers la gauche. “Est-ce dangereux?” ai-je demandé, me trouvant aussitôt aussi parfaitement raciste que stupide. “Il paraît qu’une femme ne devrait pas s’y aventurer seule, mais je n’ai pas eu de problèmes. Il y en a qui ont peur de ceux qui sont différents,” répondit Sophia. Elle se dominait, mais n’en était pas moins indignée. C’était sa deuxième visite à Marseille.

Nous accompagnons Fanny à la gare et lui souhaitons bonne chance pour ses examens à Paris. Sophia m’emmène vers la Porte d’Aix, l’Arc de Triomphe de Marseille, en chemin vers le Vieux Port.

Mon hôtel, je le sais, est quelque part par ici, près de la station de métro Colbert. Je marche au petit bonheur, espérant tomber sur ma rue, suffisamment pour réaliser que ce n’est pas la bonne direction. Je m’adresse à un homme qui a l’air d’être du coin, il connaît l’Hôtel Les Citadines. Il m’explique longuement comment y arriver et nous nous séparons. En fait, nous prenons la même direction, alors il me fait signe qu’il préfère m’accompagner. Je dois encore avoir l’air perdu, c’est tout du moins ce que je ressens. Mon français boiteux ne m’aide en rien.

Il me demande si je suis étudiant – je suis flatté car ça veut dire que j’ai l’air jeune – mais les enseignants n’ont aucune envie d’avoir l’air d’être des élèves, pas toujours en tous cas. Il me demande d’où je suis, ma réponse ne le rassure en rien, où est Malte? Je cite la Tunisie et la Sicile. Pourquoi me pose-t-il toutes ces questions, pour paraître aimable ? Je n’en suis pas si sur. Il m’explique d’abord que l’Arc de Triomphe de Marseille c’est en fait la Porte d’Aix, à l’embranchement de la route vers Aix-en-Provence, et ensuite qu’il y a beaucoup de voitures en ville à cause de la grève générale. D’accord pour le premier argument, le second me laisse perplexe, j’ai du mal à imaginer cet endroit sans un flot constant de voitures... Enfin, malgré la chaleur et le manque de sommeil et le fait que je n’arrive pas à trouver mon hôtel qui doit être à quelques mètres, je suis encore lucide. Le temps de regarder le monde autour de moi et je suis face à l’hôtel, en fait il a été un guide impeccable. Je lui offre mon meilleur sourire et le remercie chaleureusement dans mon français bancal. Il me donne la main, s’arrête un moment et, en me regardant droit dans les yeux, il s’exclame: “Je suis marocain.”

Cette déclaration me laisse abasourdi. Je la considère instinctivement comme une revendication de ses racines marocaines, quelque chose du style: les (européens) gens peuvent dire tout ce qu’ils veulent sur nous, mais nous les marocains on est des gens bien, et maintenant toi aussi tu le sais.

La phrase de Sophia sur son amour pour Marseille, me revient constamment à l’esprit. Je passe les deux premiers jours à marcher pratiquement sans but, à explorer le Vieux Port, La Canebière, la Rue Paradis, la Rue Saint Ferréol, et Belsunce. Quand nous marchions vers la Porte d’Aix et la Gare Saint Charles, les rues étaient sales, les murs gris, avec des voitures partout. J’avais entendu des avis peu flatteurs sur la ville, j’étais donc prêt au pire. Mais en fait, aussi étrangement que cela puisse paraître, la couleur était là, et avec elle tout un chamarrage de langues, et il y avait de l’Afrique du Nord, du Congo, du Sénégal, de l’Asie... Marseille n’est pas une ville que l’on peut ignorer; elle n’est pas anonyme; je pense qu’on l’aime ou qu’on la déteste, elle ne peut vous laisser indifférents. Le guide Lonely Planet 2001 déclare: “Il n’y a pas vraiment une autre ville du genre en France; vous aimez ou vous détestez”.(1) Vous devez choisir votre camp.

1. Jeremy Gray, et al, Lonely Planet: France, 916.
 
 
 
 

Les voix de Belsunce
 

Les histoires vivantes d'un quartier racontées par ses habitants.
 

Mon guide Lonely Planet de la France n’est pas raciste mais il est lucide:

“Malgré sa redoutable réputation en termes de criminalité, Marseille n’est pas plus dangereuse que les autres villes françaises. Comme ailleurs, les attaques dans la rue peuvent être évitées avec un peu de jugement et en gardant vos effets loin de portée. Ne laissez surtout jamais aucun objet de valeur dans une voiture garée. La nuit, évitez de marcher seuls dans Belsunce, un quadrilatère au Sud-ouest de la gare, limité par La Canebière, le Cours Belsunce, la Rue d’Aix, Rue Bernard du Bois et le Boulevard d’Athènes.”

L’hôtel où j’étais descendu était dans ce quartier – et pourtant le séjour a été sans histoire.

A la Librairie Maupetit, sur La Canebière, j’ai fait la découverte d’un livre édifiant: Les Portraits des histoires: Belsunce, Marseille d’Esther Shalev-Gerz (Images en Manoeuvres 2000). Il transcrit 56 histoires racontées par autant d’habitants de Belsunce dans un documentaire de deux heures qui porte le même titre, également réalisé par l’auteur, en 1999. Les noms des 56 personnages ne figurent que dans la liste en préface, sans référence aux histoires numérotées anonymement.

-1-
“Avant, on était heureux ici, avec mon mari et mes enfants.” Mais “aujourd’hui on a peur de sortir. Je sais que maintenant, l’hiver, surtout le soir, il n’y a personne dans les rues. On vit enfermés à double tour.” Malgré tout, elle aime bien Belsunce.(1)

-2-
Une personne qui travaille dans un hôpital psychiatrique cite ici deux extraits du livre qu’elle avait écrit sur cette institution, et sur Marseille, une ville qu’elle a toujours aimée.

C’est une ville pathétique, Marseille, les malades dont je m’occupe sont des personnes qui ont des troubles psychiatriques… qui souffrent dans leur tête, qui souffrent au niveau social, qui se sentent rejetés, et qui plus où moins réamorcent une intégration à l’hôpital de jour et aussi forcèment dans le quartier…

Parce que le quartier est une sorte de terre d’accueil à l’intérieur de la ville, où il y a un brassage de toutes les ethnies, de tas de gens, il y a toutes sortes de visions différents. Il y a beaucoup de commerçants, de grossistes juifs, juste derrière moi, un petit peu plus bas, beaucoup d’Algèriens, de Marocains, beaucoup d’épiciers, des petits commerces, des commerces de tissu, des… commerces de ventilateurs…”
(2)


-3-
Un autre habitant parle du travail dans la Marine, et du fait de voir le monde: “Mon port d’attache est toujours Marseille.” Et pourquoi Marseille? Tout simplement “parce que je l’aime.”(3)

-4-
Un autre était moins enthousiaste: Que voulez-vous que je fasse? Les gens viennent ici pour rien, et ils restent ici pour rien. C’est la même chose pour moi. Je n’ai pas de famille ici, je suis seul. Je suis algérien, vous voyez, si la police vient ici elle nous ‘tue’, parce que nous sommes ce que nous sommes, on est sans papiers, et patati et patata, pourquoi vous n’avez pas de papiers ? Que faites-vous ici?

Ils ne savent pas pourquoi. Ils ne comprennent pas pourquoi vous étés là.
Si vous aviez un travail là-bas, seriez-vous ici? Bien sûr que non. Voilà pourquoi je suis là...”(4)

-5-
Un type venant de San Francisco, aux USA, parle de “gentrification”.
Embourgeoisement, dans le cas d’espèce ceci signifie plus précisément la conversion d’un quartier ouvrier et/ou situé au centre ville, en zone de résidence pour la classe moyenne. “C’est ce qui peut se passer dans un quartier qui a une vraie culture et qui en est fier. J’ai remarqué qu’on construit beaucoup à Belsunce, c’est un quartier avec des familles et de la culture - vivant quoi! - qui se transforme en un lieu qui m’effraie un peu parce qu’il s’est passé la même chose à San Francisco. Chez nous cet embourgeoisement a été réalisé dans le seul but d’effectuer des spéculations immobilières.”

Qu’adviendra-t-il de ces gens qui très vite ne serons plus en mesure de subvenir aux besoins de leur communauté, de cette communauté qui est devenue ce qu’ils en ont fait. “Pour ma part, je n’aurais pas envie d’habiter ailleurs qu’à Belsunce.”(5)

-6-
Une autre personne parle de la violence, des jeunes de Belsunce qui habitent pratiquement dans la rue, leurs familles ne prenant plus la responsabilité de s’en occuper.
“Je travaille comme animateur de jeunes qui ont de 13 à 22 ans. Nombreux sont ceux qui viennent nous voir, dans la rue ils ne font rien, alors ils viennent ici pour s’amuser. Malgré le soutien financier dont nous bénéficions, nous ne pouvons pas faire grand chose.”

Nombre de ces jeunes ont des problèmes à la maison, et à l’école. D’autres ont des problèmes de rapports avec d’autres adultes. Les animateurs les emmènent se promener, au parc par exemple; ou alors ils prennent avec eux le métro ou l’autobus, de façon à ce que les jeunes apprennent à ne pas être violents, à ne pas manquer de respect envers les autres. Ceci sert aux jeunes “à comprendre comment ça se passe dans le système, comment est le monde, comment ils évoluent, comment ils doivent apprendre, quoi!”

Ces animateurs vont également rendre visite à ces jeunes dans leurs écoles, pour voir ce qu’ils font et les cours qu’ils suivent, “voir s’ils s’en sortent bien.”(6)

-7-
Un immigré d’origine algérienne qui habite Belsunce est optimiste: le jour où il est arrivé à Marseille, en pleine nuit, il ne s’est pas senti dépaysé. “Elle avait l’air d’une ville très intéressante et, surtout, il y avait la mer. J’avais toujours vécu sur les rives de la Méditerranée qui est intimement liée à nous. C’est comme le soleil, ce sont deux choses très très fortes.”(7)


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1 Esther Shalev-Gerz, Les Portraits des histoires: Belsunce, Marseille (Marseilles: Images en Manœuvres, 2000), 53-54.
2 Esther Shalev-Gerz, 51-52.
3 Esther Shalev-Gerz, 27.
4 Esther Shalev-Gerz, 28.
5 Esther Shalev-Gerz, 29-30.
6 Esther Shalev-Gerz, 30-31.
7 Esther Shalev-Gerz, 9.

 
 
 
 

Polyphonie méditerranéenne

Etant donnée la conjoncture internationale actuelle, la vision polyphonique de la Méditerranée devient plus importante que jamais.
 

Avec Hanan nous avons rencontré Thierry Fabre au Café La Samaritaine au Vieux Port, juste en face des bureaux d’ECUME. La Méditerranée, nous dit-il, c’est une polyphonie, pas un métissage. Ceci m’a rappelé la tradition polyphonique de la Corse et aux CD de A Filetta et d’autres groupes que je venais d’écouter. Donc, pour Monsieur Fabre, c’est “la combinaison simultanée de parties musicales différentes, formant chacune une mélodie individuelle, et s’harmonisant l’une l’autre”.

“J’aime utiliser la métaphore de la Méditerranée en tant que polyphonie et mosaïque. Comme dans une polyphonie, vous devez chanter et écouter ensemble, mais chacun dans son propre style. C’est une mosaïque. C’est une combinaison. Quand vous y regardez de près, vous ne voyez que crêpes et fractures. Quand vous regardez de loin, ça devient un tout harmonieux.” (1)

Etant donnée la conjoncture internationale actuelle, la vision polyphonique de la Méditerranée devient plus importante que jamais. Avec une conviction et un dynamisme qui éclipsent presque ses mots, Thierry Fabre, chercheur de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme et auteur et éditeur de livres et de récits de voyage sur la Méditerranée, nous a parlé d’elle, de la nécessité d’en parler, de se réapproprier de tout le discours qui concerne le Bassin méditerranéen, géré aujourd’hui par ceux qui n’y voient qu’un terrain de conflit pérenne, ou une sorte de melting-pot kitsch.

Dans leur préface à Rappresentare il Mediterraneo: Lo Sguardo Francese, de feu Jean-Claude Izzo, né à Marseille, et de son ami Thierry Fabre, selon les deux chercheurs italiens Antonino Recupero et Costanza Ferrini, la formation de Thierry Fabre - qui a grandi sur les rives de la Méditerranée - a été façonnée par les multiples points de vue qui forment l’imaginaire méditerranéen. (2)

Je lui ai demandé s’il était d’accord, avec Matvéjévic, qu’être méditerranéen c’est une question de choix plus que d’hérédité. “Bien sûr, m’a-t-il répondu, mais c’est aussi, partiellement, une hérédité” parce que dans cette région nous sommes tous les fils des Phéniciens, des Grecs, des Arabes, etc.. Et je me suis souvenu de ce que disait Hanan sur les Phéniciens, ses ancêtres, les vrais géniteurs des Méditerranéens puisqu’ils étaient commerçants et non guerriers... Pour Jean-Claude Izzo, la Méditerranée c’est essentiellement “un appel à la réconciliation”. “Rien n’est plus beau, rien n’est plus significatif pour quelqu’un qui aime l’Afrique autant qu’il aime la Méditerranée, que de les voir unies par cette mer.” (3)

Le sens d’appartenance et d’identité est un “phénomène instable” auquel il convient de donner une forme.

La Méditerranée, justement, est une forme qui fait sens, une appartenance ouverte dans laquelle chacun peut se reconnaître. Nous avons besoin d’un territoire commun où toutes les populations de Marseille apprenent à se parler et peuvent se retrouver. L’énergie est là, qui sommeille et se disperse.

Qu’est-ce qui peut bien tenir ensemble une ville, demande Fabre, si ce n’est un rêve partagé? La Méditerranée ce n’est pas une échappatoire, c’est un lieu de réunion. Marseille c’est juste ça, un lieu où tout le monde vient. (4)

En naviguant vers Marseille j’ai également lu des extraits du roman si lucide Les Chemins Noirs (Denoël, 1988), de l’auteur René Frégni, né à Marseille. Dans une interview brillante réalisée par Costanza Ferrini, il parle de sa Méditerranée: “J’ai toujours regardé vers le Sud, je n’ai jamais réussi à me diriger vers le Nord. Je trouve mon bonheur dans la lumière, en Méditerranée.” Frégni explique qu’il connaît bien Gênes, Rome et Barcelone et également des villes d’Algérie, du Maroc, de Grèce, de Turquie, mais pas d’Allemagne, de Belgique, ou d’Angleterre et qu’il n’a jamais été aux Pays-Bas.

“Tout me ramène à mon enfance, qui est tout ce qui ressemble à Marseille, tout ce qui ressemble à ma langue maternelle, tout ce qui me rappelle les senteurs du Vieux Port, que vous retrouvez à Gênes, à Barcelone, à Athènes, et tout me ramène vers les voix qui ressemblent à celles de mon père et de ma mère, et vers la lumière, qui se dissipe entre Lyon et Mâcon.” (5) Costanza Ferrini souligne que dans l’imaginaire de Frégni, le Vieux Port ne fait qu’un avec la ville, le héros des Chemins Noirs s’y mouvant comme dans le sein d’une mère. Frégni lui même déclare que, pour lui, la mer est une mère. En Méditerranée il se sent chez lui, protégé, exactement comme un enfant doit se sentir protégé dans l’utérus maternel.

Le grand-père maternel de Frégni était corse. La Corse, dit-il. “est vraiment le joyau et le centre de la Méditerranée. Mon grand-père la représentait à lui seul toute entière: il avait l’habitude de venir nous voir une fois par an avec ses paquets de viande, de fromages, de jambons, etc.. (6) “J’ai vraiment ressenti le besoin de m’ancrer dans le port de Marseille, de regarder la Méditerranée, parce qu’elle signifiait pour moi un lieu sûr, un genre de civilisation et de lumière à laquelle s’accrocher. J’ai ressenti le besoin d’être en tout et pour tout méditerranéen, comme tous ces peuples migrateurs qui, une fois arrivés sur les rives du Bassin Méditerranéen, s’accrochent à sa lumière.” (7)


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1. Thierry Fabre: The Invention of the Mediterranean http://66.155.35.198/forum-euromed/edito/uk/conf_fabre.html
2. Jean-Claude Izzo and Thierry Fabre, Rappresentare il Mediterraneo: Lo Sguardo Francese (Messina: Mesogea, 2000), 10.
3. Izzo and Fabre, 19.
4. Fabre, Traversées, 104.
5. Costanza Ferrini, Venature Mediterranee: Dialogo con Scrittori di Oggi, (Messina: Mesogea, 1999), 15.
6. Ferrini, 16.
7. Ferrini, 17.
 
 
 
 

La ville est tranquille

Marseille, carrefour humain, d'après le cinéaste Robert Guédiguian.

Assis à la terrasse du Café La Samaritaine au coeur du Vieux Port, il fait chaud, je passe ma dernière matinée à Marseille à siroter un chocolat chaud. Pour la première fois depuis mon séjour de six jours, j’ai enfin le temps de m’asseoir et de regarder les gens aller et venir. La manière de se garer me rappelle Malte, Rome et bien d’autres villes grandes ou petites que je connais bien. Toute la scène est imprégnée d’une lumière vive, la même lumière qui fait briller les couleurs des différentes cultures qui vendent leurs marchandises sur le Cours Belsunce. Le dimanche matin, La Canebière est déserte, large, et comme aplatie de lumière, alors que les ruelles dans le contraste entre le soleil et l’ombre restent vibrantes.

Je pense à mon premier guide (le marocain marseillais ou le marseillais marocain?), mais où donc allons-nous pêcher les anecdotes et les petites histoires qui créent la réalité ? Je suis venu à Marseille sachant que jamais je n’aurais pu raconter la Méditerranée, ou la ville-port méditerranéenne – une des rares choses dont j’étais sûr – et ceci m’a laissé une grande marge, la liberté d’écouter les déclarations du genre: “Je suis marocain” ou “Mon port d’attache est toujours Marseille” et même le discours sur l’embourgeoisement de la ville.

Selon Fabre, Marseille se trouve au carrefour de ces mondes, “le point de rencontre” entre “la vraie histoire” ou “l’histoire vraie” (en français comme en italien et en maltais on utilise le même mot pour l’’histoire’, avec ou sans majuscule, que l’anglais distingue en history et story) et les textes littéraires qui ont créé l’imaginaire méditerranéen comme le conçoît Deleuze. “L’imaginaire ce n’est pas l’irréel, mais plutot l’indéchiffrable entre le réel et l’irréel. L’intermédiaire entre le discours factuel et le discours fictif.”

Au Café La Samaritaine je demande à Thierry Fabre de m’indiquer les films qui ont trait à la Méditerranée. Il réfléchit quelques secondes avant de prononcer un nom aussi étrange qu’indéchiffrable: Robert Guédiguian. Auteur et metteur en scène, Guédiguian a grandi dans le quartier marseillais de l’Estaque, et réalise tous ses films sur sa ville natale. J’étais curieux de voir comment il racontait Marseille, comment il traitait de thèmes comme l’immigration, la pauvreté et ce qu’on appelait l’embourgeoisement de la ville. Je savais que ses films allaient donner lieu à plusieurs Marseilles et j’étais tout excité de les voir.

Le premier film que j’ai vu à mon retour à Malte c’est Marius et Jeannette (1998), une comédie humaine contemporaine, qui se déroule à l’Estaque, le quartier ouvrier de Marseille, “où la pauvreté peut encore paraître pittoresque et invitante.” (1) Le second film c’était La ville est tranquille qui raconte l’histoire “d’une femme qui s’est appauvrie et d’une mère qui lutte contre le destin et contre une société imprégnée d’une hargne millénaire.” D’aprés le critique de cinéma anglais Derek Malcolm, à sa sortie c’était le meilleur film de Guédiguian, meilleur même que Marius et Jeannette. Quand le film reçut le prix de la critique cette année-là, et quand je le vis, “inexplicablement hors compétition au Festival de Venise de l’année 2000, le public fit à Guédiguian et à sa femme Ariane Ascaride, héroïne principale des deux films, une ovation de vingt minutes.” Dans ce “panorama urbain déstabilisateur”, Guédiguian “insuffle au Vieux Port français de Marseille ce même sens épique que Robert Altman avait réussi à créer dans son Nashville, la petite ville pourtant anonyme du Nouveau Monde.” D’après Stephen Holden du New York Times, La ville est tranquille est “une histoire crue, dérangeante et autrement tragique que la satire d’Altman” mais elle “évoque une même vision d’une ville, au départ organisme grouillant, transformé en une pulsion violente et spasmodique.”

Dans la première scène, un jeune garçon radieux et bien habillé qui vient d’arriver de l’ex République soviétique de Géorgie, “nous est montré faisant dignement l’aumône en jouant de la musique classique au piano dans un champ surplombant la ville. A la fin du film, quand il réapparait, il est devenu le symbole de l’avenir qui ne peut plus être refusé aux immigrés, quels que soient les obstacles qu’ils doivent affronter.” (2)

La Marseille de Guédiguian est souvent triste mais toujours inoubliable: vous avez vraiment l’impression qu’en tant que public vous avez affaire à du vrai, à des épopées familières, racontées d’une façon aussi peu familière que discrète. Guédiguian examine “des vies qui n’ont rien d’exceptionnel pour identifier leur véritable valeur. Afin de réaliser sa présentation sans emphase,” écrit Richard Williams “c’est un talent tout français, et le fait qu’il continue à survivre dans le milieu actuel du cinéma tient du miracle.” (3)

Avec La ville est tranquille, mais également avec Marius et Jeannette à Marseille, mon voyage est bouclé ou plutôt il continue en spirale: retour à Malte et à ses villes-ports et à leur rôle dans le Bassin Méditerranéen, retour au thème de l’ouverture et de l’immigration, retour à la littérature et à son rapport difficile à la réalité et à la création, retour à une Méditerranée tourmentée mais combative.

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1. Izzo and Fabre, 25.
2. Stephen Holden, “A Mosaic of Plots, A City in Violent Flux” The New York Times (October 26, 2001). http://query.nytimes.com/search/full-page?res=9C0DE3DA1331F935A15753C1A9679C8B63
3. Richard Williams, “Dream Life of Angels”, The Guardian (October 16, 1998). http://film.guardian.co.uk/News_Story/Critic_Review/Guardian_review/0,4267,558562,00.htm

 
 
 
 

Archipelagos

La mise en réseau et la transmission d’expériences d'un projet trans-mediterranéen.

Nos réunions d’Ajaccio, qui duraient à longueur de journée, sur le Projet Archipelagos, revenaient tout naturellement et de façon systématique aux thèmes que je m’étais prescrit d’examiner dans ma recherche à Marseille. Comment appréhender la diversité culturelle de la Méditerranée sans perdre de vue la Méditerranée elle même? Comment agir in situ, sur les îles mêmes sans perdre de vue une image plus générale de la région méditerranéenne? Qu’est-ce que l’expérience d’une coopérative théâtrale de Sardaigne a à offrir à une association culturelle de Majorque? Est-ce que le peuple méditerranéen arrive à travailler ensemble ou les méditerranèens sont-ils (inévitablement) destinés à croiser le fer chaque fois que leurs chemins se croisent? Qu’est-ce que nous – qui “croyons en la Méditerranée” quel qu’en soit le sens– avons à offrir à nos partenaires et aux communautés locales? j’ai été à Ajaccio, rencontrer les partenaires de ce projet multilatéral sur les îles de la Méditerranée. C’est grâce à l’association culturelle Art et Caetera d’Ajaccio que ces rencontres ont pu avoir lieu, elles ont coïncidé avec Ile Danse, Festival de danse contemporaine organisé par cette même association et réalisé par la chorégraphe Albine Lombard.

Au départ j’avais organisé en un seul voyage mon allée en Corse et à Marseille pour des raisons purement logistiques. Mais au fil des jours je me suis rendu compte combien le Projet Archipelagos avec ses partenaires et les autres initiatives connues en chemin - le Festival Ile Danse, les organismes L’Officina et ECUME, la Librairie Maupetit à La Canebière - formaient partie intégrante du choix que nous partageons: de voir, de raconter, et donc de re-créer La Méditerranéenne, comme une ville-port ouverte, comme une polyphonie, tout comme la polyphonie corse.

Deux des partenaires sardes du Projet Archipelagos, Carovana et Théâtre en Vol ont organisé un séminaire à Ajaccio Itinerazioni du 24 au 29 mai 2003, dans le cadre du Festival Ile Danse. L’atelier était dirigé par Ornella d’Agostino et Michèle Kramers, qui ont toutes deux joué un rôle primordial dans la création du Projet Archipelagos, ce qui représente un bon exemple de l’esprit créatif qui est un des fondements de ce projet multilatéral.

Port d'Ajaccio
Itinerazioni est une création in situ pour 20 danseurs et acteurs, et pour musiciens, artistes visuels, un groupe comprenant des professionnels et des artistes amateurs. L’atelier s’est donné l’argument suivant à approfondir: “Comment communiquer la perception de l’espace et comment la transformer en une action créatrice et en un acte créateur?” L’idée c’est d’élaborer des pistes qui consistent en un voyage visionnaire à travers la mémoire des lieux mais également afin de créer des évènements culturels issus d’un contact direct avec la ville, avec son histoire, avec son architecture et avec son environnement sonore. L’atelier s’attache à comprendre comment improviser, composer, manipuler les différents matériaux pour une véritable théâtralisation de l’espace.

Le projet Archipelagos, coordonné par Fanny Bouquerel, traite de la coopération culturelle entre les deux rives de la Méditerranée. Une coopération basée sur la mise en réseau et la transmission d’expériences. Et ceci à travers l’élaboration et la réalisation d’un programme culturel qui consiste en actions de formation, de documentation et de production.

L’objectif d’ c’est de structurer le territoire des îles et de renforcer les liens culturels et professionnels entre les partenaires des deux rives de la Méditerranée à travers le développement d’itinéraires culturels et artistiques qui permettent aux personnes, aux oeuvres et aux idées de circuler librement. Le Projet démarre par une analyse de l’environnement afin que les partenaires puissent développer des pistes d’activités culturelles et artistiques.

Le projet Archipelagos a été créé par des organisations culturelles et artistiques, actives dans les îles de la Méditerranée et qui collaborent avec les institutions et avec des organismes indépendants. Tous ces acteurs connaissent bien les points de force et de faiblesse présents sur les territoires où ils opèrent. Leur travail artistique et sociologique, issu du territoire, se développe de façon à respecter pleinement une “écologie et une biodiversité culturelle”, et crée des effets multiplicateurs féconds à l’échelle locale, car les populations ont de plus en plus conscience de leur environnement et parce que ce travail valorise les éléments provenant d’une identité commune. Il faut souligner que ce Projet contribue à mettre en marche la diffusion de capacités multiples et la professionalisation du secteur culturel et d’autres secteurs.

Les partenaires du Projet comprennent entr’autres les organisations non gouvernementales et les institutions suivantes:

Liste de 6 partenaires

D’autres partenaires sont à ce jour en train d’adhérer au Projet et d’autres ont décidé de soutenir l’un des partenaires ci-dessus.

Les références au Projet Archipelagos dans la presse internationale ont été publiées à l’occasion du Festival Ile Danse.

http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3246--321984-00.html
 

 
 
 
 

Dansons ensemble

La sixième édition du Festival méditerranéen de danse contemporaine DANSEM (Dansons Ensemble) de Marseille.

Esther Welger Barboza
Le Festival méditerranéen de danse contemporaine DANSEM (Dansons Ensemble) de Marseille, à sa sixième édition, est produit par L’Officina (Atelier Marseillais de Production), une association culturelle pour la la danse contemporaine, fondée en 1996 par un jeune italien, Cristiano Carpanini.

Esther Welger Barboza s’occupe des communications. Elle est parisienne et habite Marseille depuis quatre ans. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois à Ajaccio pour travailler au Projet Archipelagos avec différents partenaires méditerranéens. Quelques jours plus tard nous nous sommes revus dans un café du Vieux Port. “J’aime Marseille. C’est une super endroit où habiter. J’adore l’esprit de Marseille. J’aime aussi la mentalité et le rythme, la vie n’est pas ici une course contre le temps comme à Paris. J’aime la présence de la mer, êtes-vous allé vous baigner?”

L’Officina a démarré comme agence pour les compagnies de danse, et en 1998 elle a lancé DANSEM. “Cristiano voulait faire connaître certaines compagnies de danse qui méritaient plus du public que ce qu’elles arrivaient à obtenir en travaillant seules. DANSEM est un festival marseillais pas comme les autres. Nous voulons créer un réseau des compagnies de danse et des artistes, pour leur donner l’occasion de se rencontrer, de permettre à des jeunes artistes et aux nouvelles idées d’émerger. Nous voulons aussi donner au public l’opportunité d’avoir un point de vue différent sur la danse contemporaine, de découvrir différents parcours créatifs, d’avoir de nouvelles expériences avec la danse, de développer un regard nouveau afin d’ouvrir le code de la danse contemporaine.”

Esther m’a parlé du besoin d’aller au-delà des perceptions nord-européennes sur la danse contemporaine, c’est pourquoi DANSEM est particulièrement intéressé aux projets de danse dans le Bassin Méditerranéen. Mais le Festival est également un projet en cours, ou plutôt un travail progressif: “En 2002, par exemple, nous avons fait venir une chorégraphe égyptienne, Karima Mansour. A DANSEM elle a rencontré Ahmed Campaore, un musicien marseillais d’origine égyptienne, et ils travaillent très bien ensemble. DANSEM met à leur disposition les locaux, et leur donne l’opportunité de travailler, dans une atmosphère adéquate.” Cristiano Carpanini m’a avoué, le jour suivant: “Nous ne sommes pas intéressés à acheter des productions pour les montrer dans le cadre de notre festival. Nous sommes une petite structure fragile qui survit en créant des liens; ce qui est aussi notre force.”

Nous avons alors parlé de l’édition 2003 de DANSEM prévue pour les week-ends du 20 septembre au 11 octobre, à Marseille bien sûr. La version finale du programme n’a pas encore été publiée, mais Esther m’a cité plusieurs projets intéressants. “Cette année nous aurons une performance d’une danseuse française avec un danseur égyptien, nous aurons également des spectacles venant de Girona (Barcelone) et d’Italie.” (http://www.dansem.org/) “Nous inviterons un jeune chorégraphe d’Algérie, Slimane Habes; et un danseur algérien, Nacera, qui habite en France, travaillera en équipe avec un groupe de jeunes danseurs algériens, Belaza.” Rappelons que 2003, en France, c’est l’Année de l’Algérie.

A part les spectacles, le programme de DANSEM 2003 comprend également un séminaire d’une semaine, avec un spectacle final pour le public, qui comprend sept danseurs de la Méditerranée et trois de Marseille. Le séminaire sera présidé par Lluis Ayet de Barcelone qui habite Montpellier.

L'OFFICINA
Direction: Cristiano Carpanini
29, rue Neuve Sainte-Catherine
13007 Marseille
Tel.: 00 33 4 91 55 68 06
Fax: 00 33 4 91 55 67 13
officina@libertysurf.fr

 
 
 
 

L'écume de toutes les rives

Une rencontre avec Daniel Belli, fondateur d'ECUME, organisation marseillaise pour le développement de l’expression culturelle en Méditerranée.

Daniel Belli
Daniel Belli, fondateur et force motrice de l’organisation florissante ECUME – Echanges CUlturels en MEditerranée - habite une ravissante maison qu’il a lui même retapée dans la partie la plus maghrébine du Panier, près de Belsunce. Quand nous faisons connaissance dans les bureaux d’ECUME au coeur du Vieux Port (peu d’organisations doivent avoir le privilège d’être installées dans un si joli coin de la ville) c’est avec mépris qu’il parle de la ville où il a habité et travaillé presque toute sa vie. Quand nous lui demandons pourquoi il n’en est jamais parti, il s’ébroue: c’est parce qu’il a toujours voyagé et a donc rarement séjourné à Marseille, c’est aussi à cause de sa maison et parce qu’ECUME travaille avec la Méditerranée.

“Quand j’ai créé ECUME il y a 20 ans, travailler pour la région méditerranéenne, c’était quelque chose d’assez nouveau”. A l’entendre, je me demandais qu’elle avait été la cause première, si c’était la Méditerranée, ou Marseille, ou le besoin pour un juriste qui avait enseigné trois ans le Droit en Algérie de s’aventurer au delà des bastions de la loi ... Il y a sûrement plus d’une réponse à cela, nous avons rarement une seule raison d’entreprendre quelque chose, souvent nos motivations sont même loin de nous être claires, et elles évoluent dans le temps.

D’une certaine façon, je pense qu’un personnage accompli comme Monsieur Belli est aussi sévère envers sa ville qu’il est exigeant envers lui même et envers les autres. J’ai hasardé que Marseille était un endroit idéal d’où travailler pour la Méditerranée et il a acquiescé, mais il fallait l’entendre quand j’ai cité un mythe ancré. D’aucuns disent en effet que Marseille est cet endroit de rêve où les peuples de différentes cultures, religions et moyens, co-habitent en paix et en harmonie. Je lui expliqué qu’une illusion de ce genre ne m’a jamais traversé l’esprit mais il n’en est pas convaincu. Et pendant l’heure qu’a duré notre conversation il est revenu plusieurs fois sur ce mythe: “il est facile à ceux qui n’habitent pas à Marseille d’avancer des arguments aussi romanesques, mais ici la vie est dure.” Bien des gens à Marseille ont du mal à joindre les deux bouts.

Il ne mâche pas ses mots. Il suffit de citer le nom de Marseille pour provoquer en lui des réactions fortes: les hommes politiques, la saleté, le bruit, la pauvreté des immigrés avec leurs familles nombreuses. Il a beaucoup fait pour une ville qu’il dit ne pas aimer – il n’est sans doute pas reconnaissant ... Soudain ses mots me rappellent quelque chose! Mais mon opinion sur Malte bien sûr! L’incompétence des hommes politiques, le laissez aller, l’état piteux de l’environnement. Toutefois, je ne pense pas que j’aimerais vivre ailleurs...

Marseille est une ville particulière: Daniel né à Marseille, d’origine algérienne, souligne que c’est la seule ville qu’il connaisse où les immigrés vivent dans le centre. Hanan, ma collègue syrienne, observait dès son arrivée que le Cours Belsunce était plein d’algériens... Thierry Fabre nous a précisé qu’il y a 200.000 immigrés à Marseille. Selon mon guide Lonely Planet l’agglomération métropolitaine regroupe 1,23 million d’habitants. Rien de nouveau pour Marseille. Dans les années trente il y avait tellement d’italiens... De façon générale, le principal flux migratoire dans les deux dernières décennies du XXème siècle suit l’axe sud-nord. Les algériens forment le groupe d’immigrés le plus important en France, “où ils sont concentrés surtout à Marseille et dans le Sud.” (1)

L'organisation ECUME
Le 12 juillet 2003 l’organisation marseillaise ECUME, fondée par Daniel Belli, a célébré son vingtième anniversaire. L’objectif principal d’ECUME est d’assister au développement de l’expression culturelle en Méditerranée en travaillant de façon à promouvoir le respect mutuel et l’intérêt diffus qui permettent aux différents acteurs de partager le sentiment d’appartenir à une histoire commune.

A part son siège de Marseille, le réseau ECUME comprend des organisations similaires à: Alexandrie, Alger, Gênes, Séville et Tunis. Des contacts permanents à Ankara, Athènes, Beyrouth, Damas, Tanger, Tirana et Split prennent part aux projets d’ECUME.
Dans le domaine de l’éducation, l’association a pour but de fédérer les Ecoles des Beaux Arts afin d’en extraire une conscience méditerranéenne par le truchement d’échanges didactiques aux trois niveaux: entre étudiants, entre professeurs et entre directeurs.

En 1997 à Salonique, ECUME a mis en place le Réseau des Ecoles Méditerranéennes de Musique qui organise séminaires, concerts, cours de masters, tables rondes et activités de toutes sortes et qui encourage les prises de contacts et les rapports de travail entre les musiciens. Une rencontre itinérante d’environ 100 musiciens s’est déroulée à Marseille en 1987, 1989, 1993 et 2000, à Séville en 1990, à Alger en 1992, à Alexandrie en 1996, à Salonique en 1997, à Damas en 1998, à Genes en 1999, à Istanbul en 2001 et à Tunis en 2002. Le prochain rendez-vous aura lieu à Split en Novembre 2003.

Le Réseau des Ecoles Méditerranéennes de Théâtre, mis en place en 2000 à Damas, organise séminaires, représentations théâtrales et ateliers, et encourage des rapports entre les acteurs. Une rencontre itinérante d’environ 100 acteurs s’est tenue à Tunis en 2001, en 2002 à Marseille, la prochaine édition aura lieu en décembre 2003 à Alger.

Le Réseau des Ecoles Méditerranéennes des Beaux Arts a été créé en 1991 et la prochaine rencontre aura lieu à Alger en 2003.

ECUME organise, dans le cadre des activités pédagogiques, des interventions d’artistes dans les différents types d’écoles afin de transmettre des principes de base sur la musique traditionnelle et sur la chanson dans la région méditerranéenne. En outre, depuis 1997, ECUME gère des ateliers de chant à Marseille. L’activité consiste, par exemple, à transmettre l’art traditionnel méditerranéen du chant en apprenant les techniques vocales et rythmiques.

Dans les matières relatives à l’Histoire de la Musique et à la technique, ECUME a organisé un séminaire sur la Création Musicale en Méditerranée dans le cadre de la Rencontre des Ecoles de Musique qui a eu lieu en 1997 à Salonique. Le second séminaire s’est tenu à Marseille en 2001 et le troisième à Istanbul la même année. Ont participé à ces séminaires musiciens, compositeurs, ethnomusicologues et musicologues aux origines musicales et géographiques très diverses.

En 1999, en collaboration avec la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, ECUME a organisé le symposium L’Evocation du Sacré en Méditerranée. Les différents thèmes prévus ont été discuté par sociologues, anthropologues, théologues, critiques d’art, analystes politiques, critiques musicaux, musiciens, compositeurs, ethnomusicologues, musicologues et chanteurs provenant de la Méditerranée.

Dans le domaine de la culture, ECUME s’est affirmée en tant que structure spécialisée dans la conception, la production et la diffusion d’évènements culturels en Méditerranée.

Afin de mettre en valeur et en communication les patrimoines musicaux méditerranéens, ECUME a créé un orchestre d’instruments à cordes à éléments variables composé de 30 musiciens provenant de différentes écoles de la Méditerranée du Nord et du Sud et dirigé par plusieurs chefs d’orchestre de la région. Depuis 1999, près de 23 concerts ont été organisés en Méditerranée (Carthage, Damas, Alep, Tartous, Beyrouth, Amman, Alexandrie, Le Caire et dans la région de Marseille). En 2003 ils ont eu lieu à Alger, à Tunis et à Marseille.

Dans le domaine des arts visuels, ECUME organise des ateliers et des séminaires résidentiels pour artistes de la Méditerranée, suivis d’expositions collectives.

La Commission Européenne a approuvé un project culturel novateur, Medi Muses, dans le cadre du Programme Euromed Patrimoine II. Il s’agit de rechercher et de recomposer les éléments d’un patrimoine musical méditerranéen commun, notamment en ce qui concerne la musique classique et traditionnelle préservée à travers l’oralité et grâce à certaines sources écrites (en premier lieu les codes manuscrits de la musique byzantine). Et ceci en démontrant que les traditions locales, malgré leur charactéristiques autonomes et nationales, ont fait partie d’une musique commune méditerranéenne pendant des siècles. Dans le cadre de ce projet, il est prévu d’organiser des concerts, des symposiums et des cours de master.

Le projet est dirigé par l’école de musique byzantine En Chordais de Salonique. Medi Muses est un projet collectif où des partenaires importants sont impliqués, comme ECUME qui est chargé d’organiser les groupes de travail, les symposiums, les concerts et qui assure la coordination des professionnels (cités) appelés à enseigner dans les cours de master et à intervenir dans les ateliers, à Marseille, au Caire et à Tunis.

 

Les commerces dans les ports mediterraneens
Un concours de photographie organisé par ECUME sous le patronat de la Délégation de la Commission Européenne en Syrie.

Les photographes doivent être âgés de 18 et 35 ans.
Les photographies doivent être prises le 11 juillet 2003.
Le thème raconte de quelle façon nous appartenons à cette mer, le berceau des civilisations les plus célèbres de l’histoire du monde.
C’est un hommage à tous ceux qui travaillent sur ses eaux et sur ses rives, contre vents et marées, aussi bien au Sud qu’au Nord de la Méditerranée.
Les 50 meilleures photographies seront exposées et ECUME offre un atelier de trois semaines en 2004 dans le cadre des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles. Les photographies doivent être envoyées par e-mail ou par courrier avant le 15 juillet 2003.

Cette initiative a le soutien du Ministère de la Culture de la République de Syrie et de la Délégation de la Commission Européenne en Syrie.
La coordinatrice est Patricia Pastor pour le compte d’ECUME (ecume@wanadoo.fr)



1. Russell King, “Population Growth: An Avoidable Crisis?”, in The Mediterranean: Environment and Society, ed. Russell King, Lindsay Proudfoot and Bernard Smith (London: Arnold, 1997), 175.

 
Pour un complément d’informations et pour les formulaires d’inscription consultez http://www.ecumes.com
 
 

This series of articles was published on Babelmed in 2003

 
 
 
 

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