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Marseille, le port désancré Adrian Grima |
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Un voyage à plusieurs voix à travers une des portes secretes de la Méditerranée. Toujours ouvert, ce port ne se ferme qu'aux partisans des frontières identitaires. |
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Autour de la ville-port l D'Ajaccio à Marseille l Explorations et rencontres Les voix de Belsunce l Polyphonie méditerranéenne l La ville est tranquille Archipelagos l Dansons ensemble l L'écume de toutes les rives |
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“La Méditerranée,” écrit Braudel, “est une région urbaine”.
“L’ordre humain prévalent y a été dicté en tout premier lieu par celui des cités
et des communications, et elles ont subordonné tout le reste à leurs
besoins”.(1) Les cités-ports ont joué un rôle déterminant en
Méditerranée. La cité-port de Marseille - comme à Malte Birgu/Vittoriosa et
Valletta dans le Grand Port - est un intéressant cas d’espèce, point de
rencontre et point de référence et d’antagonismes des siècles durant. Même du
simple point de vue géographique, Marseille est l’un des ports méditerranéens
par excellence, sinon le port méditerranéen. Un port qui a bien des histoires,
souvent contradictoires, à raconter; et le fait de pouvoir le faire permet à la
ville et à ses gens (et probablement à la Méditerranée toute entière) de se
réapproprier de leurs légendes, de leur passé, de leur présent, de leur futur.
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Les chemins de la mer entre le port d’Ajaccio
et celui de Marseille. Six
à six (Sitta, Sitta) Un nuage de mouettes six à six sillonne le ciel laissant la beauté dans l’ombre sombre sur les feuilles de vigne desséchées. Un nuage de mouettes six à six atteint les collines escarpées où les bergers chantent derrière leurs troupeaux de moutons. Je me demande d’où vient la mouette et désire toujours voir le nid de cet oiseau dont la vision trouble mes pensées sans répit. Petite mouette qui vole à peine, mouette avec ses ailes ensorcelées et déployées, mouette qui s’élève dans le ciel percé de ses cris mouette blessée ... sans pieds. Marjanu Vella En naviguant entre le port d’Ajaccio et celui de
Marseille, la mouette me rappelle les Iles Sanguinaires de Corse et la poésie
fascinante, parfois inquiétante, de Marjanu Vella. Ici, c’est une mouette
solitaire, fouillant la mer à la recherche de nourriture et chevauchant le
vent qui n’arrêtera pas ce bateau. Certaines personnes sont prêtes à affronter
la nuit sur ce pont. Si certains couples sont prêts pour le coucher de soleil,
pour d’autres il est déjà passé. Ces ‘entre-deux’, comme les appelle Fanny,
nous ramènent à nos amours, et à nous. ***
![]()
Sophia essaye de dormir. Etant danseuse elle arrive à se
caler dans le fauteuil carré du grand bar. Elle a dansé sur le pont rouge
sang, coulant son corps dans les courbes du vent. Là, elle a tassé tout son
corps dans ce fauteuil si kitsch et a tout de suite fermé les yeux, mais à
bord elle n’arrive pas à dormir. Elle a l’air fragile maintenant, un attribut
qui est le titre du livre qu’elle est en train de lire. Sur le pont elle était
provocante, maintenant elle a l’air mélancolique, résignée. Elle est si
intense quand elle danse. J’aurais aimé comprendre ce qu’elle disait dans son
français ultra rapide, quand je lui ai demandé qu’est-ce qu’elle faisait dans
la vie. J’ai pu saisir ça et là suffisamment de mots pour comprendre que je
n’avais rien compris.
*** Les jeunes garçons qui jouent aux cartes dans le bar à quelques mètres de nous jouent vraiment avec passion. L’un d’eux a un T-shirt de Thuram – mais Thuram ne joue plus dans l’équipe de foot italienne de Parme – il a du l’hériter de son grand frère. Hier, un garçon sur le Cours Napoléon d’Ajaccio portait un T-shirt de l’équipe de Barcelone avec le nom de Rivaldo – qui ne joue plus non plus dans l’équipe de Barcelone. *** Sophia n’arrive pas à lire son livre Fragile, elle
n’arrive ni à dormir ni à lire. Nous naviguons maintenant entre deux ports.
C’est ça la Méditerranée. Je ne peux pas non plus dormir, mais au moins, comme
Fanny, j’arrive à lire. Le grand avantage des voyages en mer comme celui-ci,
c’est quand on part et quand on arrive. Le long moment qui s’étire entre deux
est le même à chaque fois, on peut dire qu’il soit ... anonyme. C’est un peu
comme un trop long commencement ou une fin qui n’en finit pas. *** Ceux qui jouaient aux cartes et se criaient dessus sont
maintenant réunis autour de la coupe qu’ils ont gagnée et crient d’autant plus
fort, sans les cartes cette fois. Ils sont de Marseille, paraît-il...
Le
bateau vogue droit vers la lune. Littéralement. Au début il faisait nuit
noire. Puis il y a eu la mer et le ciel, tout légers dans l’air. Et puis
l’Etoile du Nord et la lune, et peu à peu d’autres étoiles se sont mises à
miroiter, “étoile” est un si joli mot pour désigner un astre. Prendre un avion
c’est aplatir la joie qu’on ressent à voyager en bateau.
*** Sur les Iles Sanguinaires on nous a recommandé de rester sur les sentiers battus – “moghdijiet” en maltais, un si joli mot – “afin de ne pas déranger l’écosystème fragile de l’île”. C’est mettre à rude épreuve la patience des touristes (et des îles).
2
heures du matin – nous sommes restés sur le bateau jusqu’à sept heures, hier
soir. Presque tout le monde dans le périmètre du grand bar est maintenant
profondément endormi. Je sors sur le pont et me dirige vers la proue, le vent
souffle fort à présent, cette position est en effet impraticable ne serait-ce
qu’à cause de la nuit d’encre et du vrombissement ‘assourdissant’ des
machines. En effet, il n’y a personne dans les environs. ***
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Marseille n’est pas une ville que l’on peut ignorer; elle
n’est pas anonyme; je pense qu’on l’aime ou qu’on la déteste, elle ne peut vous
laisser indifférents. Vous devez choisir votre camp. En
face du café où nous sommes installés pour parler de nous, et de la
Méditerranée, à quelques mètres de la rue qui longe la Gare Saint Charles, il y
a un vaste bâtiment qui la relie à la ville. Je pense aux ‘entre-deux’, dont
Fanny parlait dimanche soir à Ajaccio quand nous cherchions les billets pour
Marseille. “Je suis tombée amoureuse de Marseille” dit Sophia, aussi
timide que sérieuse; Fanny demande à Sophia quelles étaient ses origines. “Je
suis de Toulouse mais mes deux parents sont nés au Maroc. Je suis née en France,
ça fait quatre ans que je ne vais pas au Maroc et ça me manque. J’irai sans
doute cette année, mes parents ont gardé une maison à Casablanca.” Je me souviens de ce qu’elle disait il y a une demi-heure à peine quand nous marchions vers la gare: “Il y a beaucoup d’Arabes qui vivent dans ce quartier,” avait-elle dit, en regardant vers la gauche. “Est-ce dangereux?” ai-je demandé, me trouvant aussitôt aussi parfaitement raciste que stupide. “Il paraît qu’une femme ne devrait pas s’y aventurer seule, mais je n’ai pas eu de problèmes. Il y en a qui ont peur de ceux qui sont différents,” répondit Sophia. Elle se dominait, mais n’en était pas moins indignée. C’était sa deuxième visite à Marseille. Nous accompagnons Fanny à la gare et lui souhaitons bonne chance pour ses examens à Paris. Sophia m’emmène vers la Porte d’Aix, l’Arc de Triomphe de Marseille, en chemin vers le Vieux Port. Mon hôtel, je le sais, est quelque part par ici, près de la station de métro Colbert. Je marche au petit bonheur, espérant tomber sur ma rue, suffisamment pour réaliser que ce n’est pas la bonne direction. Je m’adresse à un homme qui a l’air d’être du coin, il connaît l’Hôtel Les Citadines. Il m’explique longuement comment y arriver et nous nous séparons. En fait, nous prenons la même direction, alors il me fait signe qu’il préfère m’accompagner. Je dois encore avoir l’air perdu, c’est tout du moins ce que je ressens. Mon français boiteux ne m’aide en rien. Il me demande si je suis étudiant – je suis flatté car ça veut dire que j’ai l’air jeune – mais les enseignants n’ont aucune envie d’avoir l’air d’être des élèves, pas toujours en tous cas. Il me demande d’où je suis, ma réponse ne le rassure en rien, où est Malte? Je cite la Tunisie et la Sicile. Pourquoi me pose-t-il toutes ces questions, pour paraître aimable ? Je n’en suis pas si sur. Il m’explique d’abord que l’Arc de Triomphe de Marseille c’est en fait la Porte d’Aix, à l’embranchement de la route vers Aix-en-Provence, et ensuite qu’il y a beaucoup de voitures en ville à cause de la grève générale. D’accord pour le premier argument, le second me laisse perplexe, j’ai du mal à imaginer cet endroit sans un flot constant de voitures... Enfin, malgré la chaleur et le manque de sommeil et le fait que je n’arrive pas à trouver mon hôtel qui doit être à quelques mètres, je suis encore lucide. Le temps de regarder le monde autour de moi et je suis face à l’hôtel, en fait il a été un guide impeccable. Je lui offre mon meilleur sourire et le remercie chaleureusement dans mon français bancal. Il me donne la main, s’arrête un moment et, en me regardant droit dans les yeux, il s’exclame: “Je suis marocain.” Cette déclaration me laisse abasourdi. Je la considère instinctivement comme une revendication de ses racines marocaines, quelque chose du style: les (européens) gens peuvent dire tout ce qu’ils veulent sur nous, mais nous les marocains on est des gens bien, et maintenant toi aussi tu le sais.
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Les histoires vivantes d'un quartier racontées par ses
habitants. Mon guide Lonely Planet de la
France n’est pas raciste mais il est lucide: Qu’adviendra-t-il de ces gens qui
très vite ne serons plus en mesure de subvenir aux besoins de leur communauté,
de cette communauté qui est devenue ce qu’ils en ont fait. “Pour ma part, je
n’aurais pas envie d’habiter ailleurs qu’à Belsunce.”(5) |
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Etant donnée la conjoncture internationale
actuelle, la vision polyphonique de la Méditerranée devient plus importante que
jamais. Avec Hanan nous avons rencontré Thierry Fabre au Café La Samaritaine au Vieux Port, juste en face des bureaux d’ECUME. La Méditerranée, nous dit-il, c’est une polyphonie, pas un métissage. Ceci m’a rappelé la tradition polyphonique de la Corse et aux CD de A Filetta et d’autres groupes que je venais d’écouter. Donc, pour Monsieur Fabre, c’est “la combinaison simultanée de parties musicales différentes, formant chacune une mélodie individuelle, et s’harmonisant l’une l’autre”. ![]() Etant donnée la conjoncture internationale actuelle, la vision polyphonique de la Méditerranée devient plus importante que jamais. Avec une conviction et un dynamisme qui éclipsent presque ses mots, Thierry Fabre, chercheur de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme et auteur et éditeur de livres et de récits de voyage sur la Méditerranée, nous a parlé d’elle, de la nécessité d’en parler, de se réapproprier de tout le discours qui concerne le Bassin méditerranéen, géré aujourd’hui par ceux qui n’y voient qu’un terrain de conflit pérenne, ou une sorte de melting-pot kitsch. Dans leur préface à Rappresentare il Mediterraneo: Lo Sguardo Francese, de feu Jean-Claude Izzo, né à Marseille, et de son ami Thierry Fabre, selon les deux chercheurs italiens Antonino Recupero et Costanza Ferrini, la formation de Thierry Fabre - qui a grandi sur les rives de la Méditerranée - a été façonnée par les multiples points de vue qui forment l’imaginaire méditerranéen. (2) Je lui ai demandé s’il était d’accord, avec Matvéjévic, qu’être méditerranéen c’est une question de choix plus que d’hérédité. “Bien sûr, m’a-t-il répondu, mais c’est aussi, partiellement, une hérédité” parce que dans cette région nous sommes tous les fils des Phéniciens, des Grecs, des Arabes, etc.. Et je me suis souvenu de ce que disait Hanan sur les Phéniciens, ses ancêtres, les vrais géniteurs des Méditerranéens puisqu’ils étaient commerçants et non guerriers... Pour Jean-Claude Izzo, la Méditerranée c’est essentiellement “un appel à la réconciliation”. “Rien n’est plus beau, rien n’est plus significatif pour quelqu’un qui aime l’Afrique autant qu’il aime la Méditerranée, que de les voir unies par cette mer.” (3) Le sens d’appartenance et d’identité est un “phénomène instable” auquel il convient de donner une forme. La Méditerranée, justement, est une forme qui fait sens, une appartenance ouverte dans laquelle chacun peut se reconnaître. Nous avons besoin d’un territoire commun où toutes les populations de Marseille apprenent à se parler et peuvent se retrouver. L’énergie est là, qui sommeille et se disperse. Qu’est-ce qui peut bien tenir ensemble une ville, demande Fabre, si ce n’est un rêve partagé? La Méditerranée ce n’est pas une échappatoire, c’est un lieu de réunion. Marseille c’est juste ça, un lieu où tout le monde vient. (4) En naviguant vers Marseille j’ai également lu des extraits du roman si lucide Les Chemins Noirs (Denoël, 1988), de l’auteur René Frégni, né à Marseille. Dans une interview brillante réalisée par Costanza Ferrini, il parle de sa Méditerranée: “J’ai toujours regardé vers le Sud, je n’ai jamais réussi à me diriger vers le Nord. Je trouve mon bonheur dans la lumière, en Méditerranée.” Frégni explique qu’il connaît bien Gênes, Rome et Barcelone et également des villes d’Algérie, du Maroc, de Grèce, de Turquie, mais pas d’Allemagne, de Belgique, ou d’Angleterre et qu’il n’a jamais été aux Pays-Bas. “Tout me ramène à mon enfance, qui est tout ce qui ressemble à Marseille, tout ce qui ressemble à ma langue maternelle, tout ce qui me rappelle les senteurs du Vieux Port, que vous retrouvez à Gênes, à Barcelone, à Athènes, et tout me ramène vers les voix qui ressemblent à celles de mon père et de ma mère, et vers la lumière, qui se dissipe entre Lyon et Mâcon.” (5) Costanza Ferrini souligne que dans l’imaginaire de Frégni, le Vieux Port ne fait qu’un avec la ville, le héros des Chemins Noirs s’y mouvant comme dans le sein d’une mère. Frégni lui même déclare que, pour lui, la mer est une mère. En Méditerranée il se sent chez lui, protégé, exactement comme un enfant doit se sentir protégé dans l’utérus maternel. Le grand-père maternel de Frégni était corse. La Corse, dit-il. “est vraiment le joyau et le centre de la Méditerranée. Mon grand-père la représentait à lui seul toute entière: il avait l’habitude de venir nous voir une fois par an avec ses paquets de viande, de fromages, de jambons, etc.. (6) “J’ai vraiment ressenti le besoin de m’ancrer dans le port de Marseille, de regarder la Méditerranée, parce qu’elle signifiait pour moi un lieu sûr, un genre de civilisation et de lumière à laquelle s’accrocher. J’ai ressenti le besoin d’être en tout et pour tout méditerranéen, comme tous ces peuples migrateurs qui, une fois arrivés sur les rives du Bassin Méditerranéen, s’accrochent à sa lumière.” (7) _____________________________ 1. Thierry Fabre: The Invention of the Mediterranean http://66.155.35.198/forum-euromed/edito/uk/conf_fabre.html 2. Jean-Claude Izzo and Thierry Fabre, Rappresentare il Mediterraneo: Lo Sguardo Francese (Messina: Mesogea, 2000), 10. 3. Izzo and Fabre, 19. 4. Fabre, Traversées, 104. 5. Costanza Ferrini, Venature Mediterranee: Dialogo con Scrittori di Oggi, (Messina: Mesogea, 1999), 15. 6. Ferrini, 16. 7. Ferrini, 17. |
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Marseille, carrefour humain, d'après le cinéaste Robert Guédiguian.
Avec La ville est tranquille, mais également avec
Marius et Jeannette à Marseille, mon voyage est bouclé ou plutôt il continue
en spirale: retour à Malte et à ses villes-ports et à leur rôle dans le Bassin
Méditerranéen, retour au thème de l’ouverture et de l’immigration, retour à la
littérature et à son rapport difficile à la réalité et à la création, retour à
une Méditerranée tourmentée mais combative. |
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http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3246--321984-00.html |
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La sixième édition du Festival méditerranéen de danse contemporaine DANSEM (Dansons Ensemble) de Marseille.
Le Festival méditerranéen de danse contemporaine DANSEM
(Dansons Ensemble) de Marseille, à sa sixième édition, est produit par
L’Officina (Atelier Marseillais de Production), une association culturelle
pour la la danse contemporaine, fondée en 1996 par un jeune italien, Cristiano
Carpanini.
Esther Welger Barboza s’occupe des communications. Elle est parisienne et habite Marseille depuis quatre ans. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois à Ajaccio pour travailler au Projet Archipelagos avec différents partenaires méditerranéens. Quelques jours plus tard nous nous sommes revus dans un café du Vieux Port. “J’aime Marseille. C’est une super endroit où habiter. J’adore l’esprit de Marseille. J’aime aussi la mentalité et le rythme, la vie n’est pas ici une course contre le temps comme à Paris. J’aime la présence de la mer, êtes-vous allé vous baigner?” L’Officina a démarré comme agence pour les compagnies de danse, et en 1998 elle a lancé DANSEM. “Cristiano voulait faire connaître certaines compagnies de danse qui méritaient plus du public que ce qu’elles arrivaient à obtenir en travaillant seules. DANSEM est un festival marseillais pas comme les autres. Nous voulons créer un réseau des compagnies de danse et des artistes, pour leur donner l’occasion de se rencontrer, de permettre à des jeunes artistes et aux nouvelles idées d’émerger. Nous voulons aussi donner au public l’opportunité d’avoir un point de vue différent sur la danse contemporaine, de découvrir différents parcours créatifs, d’avoir de nouvelles expériences avec la danse, de développer un regard nouveau afin d’ouvrir le code de la danse contemporaine.” Esther m’a parlé du besoin d’aller au-delà des perceptions nord-européennes sur la danse contemporaine, c’est pourquoi DANSEM est particulièrement intéressé aux projets de danse dans le Bassin Méditerranéen. Mais le Festival est également un projet en cours, ou plutôt un travail progressif: “En 2002, par exemple, nous avons fait venir une chorégraphe égyptienne, Karima Mansour. A DANSEM elle a rencontré Ahmed Campaore, un musicien marseillais d’origine égyptienne, et ils travaillent très bien ensemble. DANSEM met à leur disposition les locaux, et leur donne l’opportunité de travailler, dans une atmosphère adéquate.” Cristiano Carpanini m’a avoué, le jour suivant: “Nous ne sommes pas intéressés à acheter des productions pour les montrer dans le cadre de notre festival. Nous sommes une petite structure fragile qui survit en créant des liens; ce qui est aussi notre force.” Nous avons alors parlé de l’édition 2003 de DANSEM prévue pour les week-ends du 20 septembre au 11 octobre, à Marseille bien sûr. La version finale du programme n’a pas encore été publiée, mais Esther m’a cité plusieurs projets intéressants. “Cette année nous aurons une performance d’une danseuse française avec un danseur égyptien, nous aurons également des spectacles venant de Girona (Barcelone) et d’Italie.” (http://www.dansem.org/) “Nous inviterons un jeune chorégraphe d’Algérie, Slimane Habes; et un danseur algérien, Nacera, qui habite en France, travaillera en équipe avec un groupe de jeunes danseurs algériens, Belaza.” Rappelons que 2003, en France, c’est l’Année de l’Algérie. A part les spectacles, le programme de DANSEM 2003 comprend également un séminaire d’une semaine, avec un spectacle final pour le public, qui comprend sept danseurs de la Méditerranée et trois de Marseille. Le séminaire sera présidé par Lluis Ayet de Barcelone qui habite Montpellier. L'OFFICINA |
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Une rencontre avec Daniel Belli, fondateur d'ECUME, organisation marseillaise pour le développement de l’expression culturelle en Méditerranée.
Daniel Belli, fondateur et force motrice de l’organisation
florissante ECUME – Echanges CUlturels en MEditerranée - habite une
ravissante maison qu’il a lui même retapée dans la partie la plus maghrébine
du Panier, près de Belsunce. Quand nous faisons connaissance dans les bureaux
d’ECUME au coeur du Vieux Port (peu d’organisations doivent avoir le privilège
d’être installées dans un si joli coin de la ville) c’est avec mépris qu’il
parle de la ville où il a habité et travaillé presque toute sa vie. Quand nous
lui demandons pourquoi il n’en est jamais parti, il s’ébroue: c’est parce
qu’il a toujours voyagé et a donc rarement séjourné à Marseille, c’est aussi à
cause de sa maison et parce qu’ECUME travaille avec la Méditerranée.
“Quand j’ai créé ECUME il y a 20 ans, travailler pour la région méditerranéenne, c’était quelque chose d’assez nouveau”. A l’entendre, je me demandais qu’elle avait été la cause première, si c’était la Méditerranée, ou Marseille, ou le besoin pour un juriste qui avait enseigné trois ans le Droit en Algérie de s’aventurer au delà des bastions de la loi ... Il y a sûrement plus d’une réponse à cela, nous avons rarement une seule raison d’entreprendre quelque chose, souvent nos motivations sont même loin de nous être claires, et elles évoluent dans le temps. D’une certaine façon, je pense qu’un personnage accompli comme Monsieur Belli est aussi sévère envers sa ville qu’il est exigeant envers lui même et envers les autres. J’ai hasardé que Marseille était un endroit idéal d’où travailler pour la Méditerranée et il a acquiescé, mais il fallait l’entendre quand j’ai cité un mythe ancré. D’aucuns disent en effet que Marseille est cet endroit de rêve où les peuples de différentes cultures, religions et moyens, co-habitent en paix et en harmonie. Je lui expliqué qu’une illusion de ce genre ne m’a jamais traversé l’esprit mais il n’en est pas convaincu. Et pendant l’heure qu’a duré notre conversation il est revenu plusieurs fois sur ce mythe: “il est facile à ceux qui n’habitent pas à Marseille d’avancer des arguments aussi romanesques, mais ici la vie est dure.” Bien des gens à Marseille ont du mal à joindre les deux bouts. Il ne mâche pas ses mots. Il suffit de citer le nom de Marseille pour provoquer en lui des réactions fortes: les hommes politiques, la saleté, le bruit, la pauvreté des immigrés avec leurs familles nombreuses. Il a beaucoup fait pour une ville qu’il dit ne pas aimer – il n’est sans doute pas reconnaissant ... Soudain ses mots me rappellent quelque chose! Mais mon opinion sur Malte bien sûr! L’incompétence des hommes politiques, le laissez aller, l’état piteux de l’environnement. Toutefois, je ne pense pas que j’aimerais vivre ailleurs... Marseille est une ville particulière: Daniel né à Marseille, d’origine algérienne, souligne que c’est la seule ville qu’il connaisse où les immigrés vivent dans le centre. Hanan, ma collègue syrienne, observait dès son arrivée que le Cours Belsunce était plein d’algériens... Thierry Fabre nous a précisé qu’il y a 200.000 immigrés à Marseille. Selon mon guide Lonely Planet l’agglomération métropolitaine regroupe 1,23 million d’habitants. Rien de nouveau pour Marseille. Dans les années trente il y avait tellement d’italiens... De façon générale, le principal flux migratoire dans les deux dernières décennies du XXème siècle suit l’axe sud-nord. Les algériens forment le groupe d’immigrés le plus important en France, “où ils sont concentrés surtout à Marseille et dans le Sud.” (1) L'organisation ECUME Le 12 juillet 2003 l’organisation marseillaise ECUME, fondée par Daniel Belli, a célébré son vingtième anniversaire. L’objectif principal d’ECUME est d’assister au développement de l’expression culturelle en Méditerranée en travaillant de façon à promouvoir le respect mutuel et l’intérêt diffus qui permettent aux différents acteurs de partager le sentiment d’appartenir à une histoire commune. A part son siège de Marseille, le réseau ECUME comprend des organisations similaires à: Alexandrie, Alger, Gênes, Séville et Tunis. Des contacts permanents à Ankara, Athènes, Beyrouth, Damas, Tanger, Tirana et Split prennent part aux projets d’ECUME.
Dans le domaine de l’éducation, l’association a pour but de
fédérer les Ecoles des Beaux Arts afin d’en extraire une conscience
méditerranéenne par le truchement d’échanges didactiques aux trois niveaux:
entre étudiants, entre professeurs et entre directeurs.
En 1997 à Salonique, ECUME a mis en place le Réseau des Ecoles Méditerranéennes de Musique qui organise séminaires, concerts, cours de masters, tables rondes et activités de toutes sortes et qui encourage les prises de contacts et les rapports de travail entre les musiciens. Une rencontre itinérante d’environ 100 musiciens s’est déroulée à Marseille en 1987, 1989, 1993 et 2000, à Séville en 1990, à Alger en 1992, à Alexandrie en 1996, à Salonique en 1997, à Damas en 1998, à Genes en 1999, à Istanbul en 2001 et à Tunis en 2002. Le prochain rendez-vous aura lieu à Split en Novembre 2003. Le Réseau des Ecoles Méditerranéennes de Théâtre, mis en place en 2000 à Damas, organise séminaires, représentations théâtrales et ateliers, et encourage des rapports entre les acteurs. Une rencontre itinérante d’environ 100 acteurs s’est tenue à Tunis en 2001, en 2002 à Marseille, la prochaine édition aura lieu en décembre 2003 à Alger. Le Réseau des Ecoles Méditerranéennes des Beaux Arts a été créé en 1991 et la prochaine rencontre aura lieu à Alger en 2003. ECUME organise, dans le cadre des activités pédagogiques, des interventions d’artistes dans les différents types d’écoles afin de transmettre des principes de base sur la musique traditionnelle et sur la chanson dans la région méditerranéenne. En outre, depuis 1997, ECUME gère des ateliers de chant à Marseille. L’activité consiste, par exemple, à transmettre l’art traditionnel méditerranéen du chant en apprenant les techniques vocales et rythmiques. Dans les matières relatives à l’Histoire de la Musique et à la technique, ECUME a organisé un séminaire sur la Création Musicale en Méditerranée dans le cadre de la Rencontre des Ecoles de Musique qui a eu lieu en 1997 à Salonique. Le second séminaire s’est tenu à Marseille en 2001 et le troisième à Istanbul la même année. Ont participé à ces séminaires musiciens, compositeurs, ethnomusicologues et musicologues aux origines musicales et géographiques très diverses. En 1999, en collaboration avec la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, ECUME a organisé le symposium L’Evocation du Sacré en Méditerranée. Les différents thèmes prévus ont été discuté par sociologues, anthropologues, théologues, critiques d’art, analystes politiques, critiques musicaux, musiciens, compositeurs, ethnomusicologues, musicologues et chanteurs provenant de la Méditerranée. Dans le domaine de la culture, ECUME s’est affirmée en tant que structure spécialisée dans la conception, la production et la diffusion d’évènements culturels en Méditerranée. Afin de mettre en valeur et en communication les patrimoines musicaux méditerranéens, ECUME a créé un orchestre d’instruments à cordes à éléments variables composé de 30 musiciens provenant de différentes écoles de la Méditerranée du Nord et du Sud et dirigé par plusieurs chefs d’orchestre de la région. Depuis 1999, près de 23 concerts ont été organisés en Méditerranée (Carthage, Damas, Alep, Tartous, Beyrouth, Amman, Alexandrie, Le Caire et dans la région de Marseille). En 2003 ils ont eu lieu à Alger, à Tunis et à Marseille. Dans le domaine des arts visuels, ECUME organise des ateliers et des séminaires résidentiels pour artistes de la Méditerranée, suivis d’expositions collectives. La Commission Européenne a approuvé un project culturel novateur, Medi Muses, dans le cadre du Programme Euromed Patrimoine II. Il s’agit de rechercher et de recomposer les éléments d’un patrimoine musical méditerranéen commun, notamment en ce qui concerne la musique classique et traditionnelle préservée à travers l’oralité et grâce à certaines sources écrites (en premier lieu les codes manuscrits de la musique byzantine). Et ceci en démontrant que les traditions locales, malgré leur charactéristiques autonomes et nationales, ont fait partie d’une musique commune méditerranéenne pendant des siècles. Dans le cadre de ce projet, il est prévu d’organiser des concerts, des symposiums et des cours de master. Le projet est dirigé par l’école de musique byzantine En Chordais de Salonique. Medi Muses est un projet collectif où des partenaires importants sont impliqués, comme ECUME qui est chargé d’organiser les groupes de travail, les symposiums, les concerts et qui assure la coordination des professionnels (cités) appelés à enseigner dans les cours de master et à intervenir dans les ateliers, à Marseille, au Caire et à Tunis. Les commerces dans les ports
mediterraneens
Cette initiative a le soutien du Ministère de la Culture de
la République de Syrie et de la Délégation de la Commission Européenne en
Syrie.
Pour un complément d’informations
et pour les formulaires d’inscription consultez http://www.ecumes.comLa coordinatrice est Patricia Pastor pour le compte d’ECUME (ecume@wanadoo.fr) 1. Russell King, “Population Growth: An Avoidable Crisis?”, in The Mediterranean: Environment and Society, ed. Russell King, Lindsay Proudfoot and Bernard Smith (London: Arnold, 1997), 175. |
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This series of articles was published on Babelmed in 2003 |
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